Décryptage juridique · Conformité machine

Maintenance et modification machine : quand devient-on fabricant ?

Remplacer, reprogrammer, accélérer : quelles interventions sur une machine en service font de vous un fabricant au sens de l'Art. 18 du Règlement 2023/1230 ? Testez en 4 questions.

SK
Stanislas KOZAK
PDG · ASI Industrie · 33 ans d'expertise
29 octobre 2026
⏱ 20 min de lecture

La frontière entre maintenance et modification machine est le critère juridique qui détermine si l'auteur d'une intervention reste utilisateur ou devient fabricant au sens de l'Art. 18 du Règlement (UE) 2023/1230. En atelier, un changement de variateur, une reprogrammation ou une hausse de cadence sont souvent décidés sans qualification préalable. Or une modification substantielle impose, dès le 20 janvier 2027, évaluation des risques, dossier technique conservé 10 ans, déclaration UE de conformité et marquage CE. Ce guide vous donne la grille ASI Industrie pour trancher avant d'intervenir.

Maintenance ou modification : où passe la frontière ?

La maintenance restitue l'état d'origine de la machine : vous restez utilisateur, tenu de maintenir sa conformité (Art. R4322-1 du Code du travail). La modification change la machine elle-même. Lorsqu'elle remplit les conditions de l'Art. 3(16) du Règlement (UE) 2023/1230, elle devient substantielle et son auteur devient fabricant au sens de l'Art. 18.
Maintenance ou modification substantielle : une intervention sur une machine laisse l'exploitant utilisateur ou le rend fabricant selon les Art. 3(16) et 18 du Règlement 2023/1230
Remplacement à l'identique, réparation, entretien : vous restez utilisateur (Art. R4322-1). Nouvelle fonction, hausse de performance, nouveau mode de fonctionnement : à qualifier selon l'Art. 3(16). La bascule n'a lieu que si un nouveau danger ou un risque accru impose des mesures a) ou b).

Définition rapide

Une modification substantielle est une modification physique ou numérique d'une machine déjà mise sur le marché ou en service, non prévue par son fabricant, qui crée un nouveau danger ou augmente un risque et impose soit des protecteurs agissant sur le système de commande de sécurité, soit des mesures de stabilité ou de résistance mécanique (Art. 3(16)).

Le critère n'est ni le coût ni la durée des travaux. Un échange de motoréducteur à l'identique reste de la maintenance. Un paramètre de vitesse modifié en dix minutes peut suffire à basculer. Une seule question compte : l'intervention change-t-elle le risque évalué par le fabricant d'origine ?

Acte 1 · Entretien

Opérations prévues par la notice

Graissage, réglages, pièces d'usure. Le fabricant les a décrites (Annexe III, §1.7.4.2, points r et s). Aucun changement de statut.

Acte 2 · Réparation

Remise en état après défaillance

Pièces d'origine ou de caractéristiques identiques. Exclue de la modification substantielle par le considérant 26.

Acte 3 · Modification non substantielle

Changement sans bascule de statut

Non prévue par le fabricant, mais sans nouveau danger ni mesure de type a) ou b). L'exploitant reste utilisateur et documente sa décision.

Acte 4 · Modification substantielle

L'auteur devient fabricant

Conditions de l'Art. 3(16) réunies : évaluation de la conformité complète du périmètre affecté avant remise en service (Art. 18).

Pourquoi la distinction devient décisive au 20 janvier 2027

La Directive 2006/42/CE ne définissait pas la modification substantielle. En France, la frontière reposait sur le Code du travail et sur un guide technique du ministère du Travail consacré aux modifications de machines en service. Le Règlement (UE) 2023/1230 inscrit pour la première fois une définition européenne dans un texte directement applicable, avec un mécanisme automatique de requalification en fabricant. La sécurité machine et la conformité machine des équipements modifiés changent donc de cadre juridique à date fixe.

4 conditions
Conditions cumulatives de l'Art. 3(16), avant examen des conséquences a) ou b)
10 ans
Conservation minimale de la documentation technique par le fabricant (Art. 10§3)
20 janv. 2027
Application du Règlement (UE) 2023/1230 et abrogation de la Directive 2006/42/CE

Modification substantielle : les 4 conditions de l'Art. 3(16)

Une modification est substantielle quand quatre conditions sont réunies : intervention physique ou numérique, après mise sur le marché ou en service, non prévue par le fabricant, et créant un nouveau danger ou un risque accru. Il faut en plus qu'elle impose soit des protecteurs agissant sur le système de commande de sécurité (a), soit des mesures de stabilité ou de résistance mécanique (b).
« "modification substantielle" : la modification d'une machine ou d'un produit connexe, par des moyens physiques ou numériques, après la mise sur le marché ou la mise en service de cette machine ou de ce produit connexe, qui n'est pas prévue ou planifiée par le fabricant et qui affecte la sécurité de la machine ou du produit connexe en créant un nouveau danger ou en augmentant le risque existant, ce qui rend nécessaire : a) l'ajout de protecteurs ou de dispositifs de protection à ladite machine ou audit produit connexe, dont la mise en œuvre nécessite la modification du système de commande de sécurité existant ; ou b) l'adoption de mesures de protection supplémentaires visant à assurer la stabilité ou la résistance mécanique de ladite machine ou dudit produit connexe »Règlement (UE) 2023/1230, Art. 3, point 16 · Définitions
C1

Condition 1

Moyens physiques ou numériques

Mécanique, électrique, logiciel, paramètre : tout compte.

C2

Condition 2

Après mise sur le marché ou en service

Avant, c'est le dossier du fabricant d'origine.

C3

Condition 3

Non prévue ni planifiée par le fabricant

Formats, options et plages de la notice restent dans l'usage prévu.

C4

Condition 4

Nouveau danger ou risque accru

Vitesse, énergie, accès, modes de marche, charges : comparez à l'évaluation d'origine.

a/b

Conséquence alternative

Mesures rendues nécessaires

a) protecteurs ou dispositifs imposant de modifier la commande de sécurité ; b) mesures de stabilité ou de résistance mécanique.

Le point critique

La conséquence a) ne vise pas tout ajout de protection, seulement celle qui impose de modifier le système de commande de sécurité. En lecture littérale, un nouveau danger traité par un protecteur fixe autonome ne remplit pas a). Le maintien en conformité de l'Art. R4322-1 s'applique dans tous les cas.

La condition la plus sous-estimée : « prévue ou planifiée par le fabricant »

La notice d'instructions trace la frontière. Formats, outillages interchangeables, plages de réglage et options qu'elle décrit font partie de l'usage évalué par le fabricant. Le considérant 32 étend son évaluation aux mises à jour logicielles prévues lors de la mise sur le marché. À l'inverse, un réglage hors plage, un outillage non référencé ou un shunt de capteur sortent immédiatement du périmètre « prévu ».

Ce que la majorité des industriels ignorent : une notice incomplète ou introuvable ne protège pas l'exploitant, elle complique la preuve qu'une option était « prévue ». C'est l'un des premiers points vérifiés lors d'un audit flash de conformité machine.

Art. 18 : ce que vous impose le statut de fabricant

L'Art. 18 du Règlement (UE) 2023/1230 considère comme fabricant toute personne physique ou morale qui apporte une modification substantielle. Elle doit alors respecter les obligations de l'Art. 10 : évaluation des risques, documentation technique, procédure d'évaluation de la conformité, déclaration UE et marquage CE. Seul l'utilisateur non professionnel qui modifie sa machine pour son propre usage y échappe.
« Une personne physique ou morale qui apporte une modification substantielle à une machine ou à un produit connexe est considérée comme un fabricant aux fins du présent règlement et est soumise aux obligations incombant au fabricant au titre de l'article 10 en ce qui concerne cette machine ou ce produit connexe ou, si la modification substantielle n'a une incidence que sur la sécurité d'une machine ou d'un produit connexe faisant partie d'un ensemble de machines, en ce qui concerne la machine ou le produit connexe affecté, comme l'a démontré l'évaluation des risques. »Règlement (UE) 2023/1230, Art. 18, premier alinéa

Le texte ne vise pas que les constructeurs. Il vise « une personne physique ou morale » : l'industriel agroalimentaire qui fait modifier sa ligne d'ensachage, le service maintenance qui reprogramme une fonction de sécurité, le bureau d'études qui adapte une presse. Le deuxième alinéa impose à l'auteur de déclarer la conformité sous sa seule responsabilité et d'appliquer la procédure de l'Art. 25.

Les 5 obligations du fabricant, dans l'ordre

01

Annexe III, partie B

Évaluation des risques de la machine modifiée

Processus itératif, au minimum sur le périmètre affecté, selon la méthode de l'EN ISO 12100 (§5 et §6). Voir notre analyse de risques ISO 12100.

02

Annexe IV, partie A · Art. 10§3

Documentation technique

Description, évaluation des risques, schémas, normes appliquées, essais. Conservation pendant au moins 10 ans.

03

Art. 25§2 à §4

Procédure d'évaluation de la conformité

Module A hors Annexe I (Art. 25§4). Organisme notifié pour l'Annexe I, partie A (Art. 25§2), et pour la partie B sans normes harmonisées couvrant toutes les exigences (Art. 25§3).

04

Art. 21 · Annexe V, partie A

Déclaration UE de conformité

Signée par l'auteur de la modification. Elle remplace, pour le périmètre modifié, celle du fabricant d'origine.

05

Art. 24 · Art. 10§7

Marquage CE et notice mise à jour

Avant toute remise en service, avec les nouveaux modes, réglages et risques résiduels.

Ensemble de machines : un périmètre limité par l'évaluation des risques

Sur une ligne, l'Art. 18 limite les obligations à la machine affectée quand la modification n'a d'incidence que sur sa sécurité. Le considérant 26 dispense de répéter les essais et la documentation des machines non affectées. Cette limitation ne tient que si l'analyse démontre l'absence d'interaction dangereuse : arrêts d'urgence communs, zones de chevauchement, transferts de produits. Chaque étape est détaillée sur notre page marquage CE fabricant.

📋
Règle de décision : le périmètre se démontre, il ne se décrète pasSans évaluation des risques documentée sur les interfaces, la limitation prévue à l'Art. 18 ne peut pas être revendiquée. « On ne touche qu'à la machine 3 » ne vaut que si l'analyse des 2 machines voisines le prouve.

Pourquoi la maintenance ne fait pas de vous un fabricant

La réparation et l'entretien ne sont pas des modifications substantielles tant qu'ils n'affectent pas la conformité aux exigences essentielles de santé et de sécurité (considérant 26 du Règlement 2023/1230). Ils relèvent de l'obligation de l'employeur de maintenir l'équipement conforme aux règles applicables lors de sa mise en service (Art. R4322-1 du Code du travail).
« [...] les opérations de réparation et d'entretien qui n'affectent pas la conformité des machines ou produits connexes aux exigences essentielles de santé et de sécurité pertinentes ne devraient pas être considérées comme des modifications substantielles. »Règlement (UE) 2023/1230, considérant 26 · valeur interprétative

La maintenance n'est pas pour autant un espace sans règle. L'Art. L4321-1 du Code du travail impose des équipements maintenus de manière à préserver la santé et la sécurité, y compris en cas de modification. Le bon réflexe : restituer l'état d'origine, sans le dégrader.

Pièce identique, équivalente ou différente : 3 niveaux de vigilance

L'Art. 2§2, point a), du Règlement exclut de son champ les composants de sécurité destinés à remplacer des composants identiques fournis par le fabricant d'origine. Les deux autres situations exigent une analyse : la pièce identique achetée ailleurs, et la pièce différente imposée par l'obsolescence.

Niveau 1 · Tracer

Pièce d'origine identique

Même référence, fournie par le fabricant. Composant de sécurité hors champ du Règlement (Art. 2§2, a).

Niveau 2 · Justifier

Pièce équivalente d'un autre fournisseur

Mêmes MTTFd, catégorie, temps de réponse, indice de protection. Une fiche d'équivalence le prouve.

Niveau 3 · Qualifier

Pièce différente imposée par l'obsolescence

PL à recalculer (EN ISO 13849-1). Substantielle seulement si un nouveau danger ou un risque accru apparaît.

💡
BONNE PRATIQUE ASI : la fiche d'équivalence d'une pageFonction de sécurité, PL avant et après, MTTFd, DCavg, CCF, temps d'arrêt et distance de sécurité. Ce document sécurise votre décision « maintenance » face à l'inspection du travail. Calcul réalisé par notre pôle sécurité fonctionnelle SIL / PL.

10 interventions terrain passées au crible

La plupart des interventions de maintenance restent hors du champ de l'Art. 18. Celles qui basculent modifient la vitesse, l'énergie, l'accès à la zone dangereuse ou la logique de sécurité au-delà de ce que prévoyait le fabricant. Chaque orientation reste à confirmer par une évaluation des risques documentée sur la machine concernée.
InterventionAnalyse Art. 3(16)OrientationRéférentiel
1. Roulement, courroie ou vérin remplacé à l'identiqueEntretien prévu, aucun danger nouveau✓ MaintenanceCode du travail R4322-1
2. Automate de sécurité obsolète remplacé par un modèle différent, même PLCommande modifiée, sans nouveau danger si le PL est maintenuÀ justifierEN ISO 13849-1
3. Mise à jour logicielle du fabricant d'originePrévue par le fabricant (considérant 32)✓ MaintenanceNotice fabricant
4. Cadence ou vitesse au-delà des plages de la noticeRisque accru, distance de sécurité à recalculerSubstantielle probableEN ISO 13855 EN ISO 13849-1
5. Capteur de sécurité neutralisé « pour fiabiliser »Mesure de protection supprimée✗ Non-conformitéCode du travail L4321-1
6. Robot de palettisation ajouté en bout de ligneNouveau danger, dispositifs reliés à la commande de sécuritéSubstantielle probableEN ISO 12100 EN ISO 13849-1
7. Protecteur fixe autonome ajouté sur une zone existanteRisque réduit, commande inchangée✓ AméliorationCode du travail R4322-1
8. Changement de format décrit dans la noticePrévu par le fabricant✓ Usage prévuAnnexe III §1.7.4.2
9. Châssis renforcé pour une charge supérieureRisque accru, résistance mécanique : conséquence b)Substantielle probableArt. 3(16) b)
10. Connexion réseau pour télémaintenanceMoyen numérique, danger lié à l'accès distantÀ qualifierAnnexe III §1.1.9 IEC 62443

Hausses de cadence et robotique en bout de ligne, fréquentes en plasturgie et en agroalimentaire dans l'Ain et le Rhône, sont les cas où la requalification est la plus probable : risque accru et action sur la commande de sécurité vont de pair. La neutralisation d'un capteur n'est pas une modification à qualifier : c'est une non-conformité à corriger immédiatement.

Le cas particulier du retrofit

Un retrofit combine souvent plusieurs lignes du tableau : migration d'automate, nouveaux variateurs, refonte de l'IHM. Il se qualifie fonction par fonction. Chaque fonction de sécurité reprise avec un PL au moins égal relève du maintien en conformité ; chaque fonction ajoutée ou modifiée pour répondre à un risque accru relève de l'Art. 3(16). Notre offre de retrofit et modernisation de machines intègre cette qualification avant le chiffrage.

Logigramme : 5 questions avant d'intervenir

Quatre questions reprennent les conditions de l'Art. 3(16). Une réponse négative à l'une d'elles écarte la modification substantielle, mais pas l'obligation de documenter la décision. Une cinquième question fixe ensuite le périmètre au sens de l'Art. 18 : machine seule ou ensemble de machines.
Q1

Conditions 1 et 2 · Art. 3(16)

L'intervention modifie-t-elle la machine en service ?

Si elle restitue strictement l'état d'origine : maintenance, Art. R4322-1.

Q2

Condition 3 · Notice d'instructions

Sort-elle de ce que prévoit le fabricant ?

Si elle est prévue par la notice : usage normal, pas de requalification.

Q3

Condition 4 · Évaluation d'origine

Crée-t-elle un nouveau danger ou un risque accru ?

Si le risque est inchangé ou réduit : modification non substantielle à documenter.

Q4

Conséquences a) ou b)

Impose-t-elle une mesure de type a) ou b) ?

Protecteur agissant sur la commande de sécurité, ou stabilité et résistance mécanique : si oui, modification substantielle.

Q5

Art. 18, premier alinéa

Quel périmètre : machine seule ou ensemble ?

Sans démonstration par l'évaluation des risques, toute la ligne entre dans le périmètre.

Outil interactif · Art. 3(16)

Testez votre intervention en 4 clics

Q1. L'intervention modifie-t-elle la machine (matériel, logiciel, paramètres) au lieu de restituer son état d'origine ?

Question 1 sur 4

Documenter la décision, même quand la réponse est non

Une décision « pas de modification substantielle » non tracée ne prouve rien après un accident. ASI Industrie recommande un dossier de qualification court, signé avant les travaux. L'Art. R4121-2, 2°, du Code du travail impose la mise à jour du DUERP lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail : notre article sur l'articulation EVRP, DUERP et PAPRIPACT détaille ce lien.

Le processus complet, avec ses boucles de validation, figure dans notre logigramme de gestion des modifications de machines. Réponse « oui » à la question 4 ? Notre accompagnement modification substantielle prend en charge tout le dossier de fabricant.

Exploitant, mainteneur, intégrateur : qui répond ?

L'Art. 18 désigne comme fabricant celui qui apporte la modification substantielle. Quand un prestataire intervient, fixez le statut par contrat avant les travaux. Dans tous les cas, l'employeur reste tenu par les Art. L4321-1 et R4322-1 du Code du travail, dont la méconnaissance est punie de 10 000 € d'amende, appliquée autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés (Art. L4741-1).

Exploitant

Employeur et donneur d'ordre

Il décide et met l'équipement à disposition. Ses obligations de l'Art. L4321-1 ne se transfèrent pas par contrat.

Mainteneur

Exécutant d'opérations prévues

Il restitue l'état d'origine. S'il propose une solution « améliorée », il alerte sur la qualification Art. 3(16).

Intégrateur

Concepteur et réalisateur

Candidat naturel au statut de fabricant (Art. 18), sauf clause contraire assumée par l'exploitant.

Zone grise

Conçue par l'un, réalisée par l'autre

Le texte ne tranche pas. Sans clause écrite, chacun s'expose au reproche de l'absence de déclaration UE.

Pénal et faute inexcusable : ce que l'enquête regarde

Après un accident, l'enquête remonte la chaîne de décision. Homicide et blessures involontaires (Art. 221-6 et 222-19 du Code pénal) peuvent être retenus, notamment sur le fondement d'une faute caractérisée (Art. 121-3) : une modification sans évaluation des risques peut constituer un élément retenu dans l'analyse d'une éventuelle faute caractérisée.

Sur le plan de la sécurité sociale, la faute inexcusable peut être reconnue lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver. Une modification décidée sans analyse des risques est un élément particulièrement défavorable dans l'appréciation de cette conscience du danger.

⚠️
Double exposition après une modification non qualifiéeRemettre en service une machine substantiellement modifiée sans déclaration UE cumule deux manquements : celui du fabricant au sens de l'Art. 18, sanctionné par le régime national prévu à l'Art. 50 du Règlement, et celui de l'employeur qui met à disposition un équipement dont la conformité n'est pas démontrée (Art. L4321-1 et R4322-1).

Ce que change le 20 janvier 2027

Jusqu'au 20 janvier 2027, les modifications de machines en service relèvent de la Directive 2006/42/CE et du Code du travail, sans définition européenne de la modification substantielle. Ensuite, l'Art. 3(16) et l'Art. 18 du Règlement (UE) 2023/1230 s'appliquent directement, avec les nouvelles exigences de l'Annexe III, dont les §1.1.9 et §1.2.1 sur la cybersécurité des commandes.

Le changement majeur est le suivant : la qualification devient une définition juridique commune aux 27 États membres. Un industriel lyonnais et son fournisseur allemand appliquent désormais le même critère. Les exigences de protection contre la corruption (§1.1.9) et de résistance des commandes aux tentatives malveillantes raisonnablement prévisibles (§1.2.1) entrent dans l'évaluation de toute machine substantiellement modifiée.

Projets lancés en 2026 : anticiper la date de remise en service

Pour un projet lancé en 2026 et achevé en 2027, fixez la date de remise en service dès le cahier des charges. Lecture ASI : une remise en service postérieure au 20 janvier 2027 après modification substantielle s'évalue selon le Règlement, sous réserve des dispositions transitoires. Intégrer dès maintenant les exigences de l'Annexe III évite une seconde reprise du dossier technique.

Pour aller plus loin : notre page Règlement UE 2023/1230, notre article sur le calendrier du Règlement machines et celui sur la révision de l'ISO 12100, dont la version 2010 reste applicable. La méthode MESP© réunit ces référentiels dans une même démarche de conformité machine.

5 idées reçues qui coûtent cher

✗
« La machine garde son marquage CE d'origine, elle reste conforme »Après une modification substantielle, l'Art. 18 impose une nouvelle déclaration UE de conformité. La plaque d'origine ne couvre plus la machine modifiée.
✗
« C'est la maintenance qui intervient, donc ce n'est pas une modification »Le statut dépend de l'effet, pas de l'auteur. L'Art. 3(16) s'applique quel que soit le service qui réalise l'intervention.
✗
« Toucher au programme, ce n'est pas modifier la machine »L'Art. 3(16) vise les moyens « physiques ou numériques ». Une temporisation ou un seuil de détection modifié peut réunir les 4 conditions.
✗
« On a ajouté de la sécurité, on ne peut pas devenir fabricant »Un dispositif qui impose de modifier la commande de sécurité pour traiter un danger créé par la modification, c'est précisément la conséquence a) de l'Art. 3(16).
✗
« Le prestataire a signé la déclaration, l'exploitant est couvert »La déclaration couvre la machine. Elle ne décharge pas l'employeur : maintien en conformité (Art. R4322-1), DUERP (Art. R4121-2, 2°), formation des opérateurs.

FAQ : maintenance, modification et statut de fabricant

Le remplacement d'une pièce par une pièce équivalente est-il une modification substantielle ?

Non, tant que la pièce restitue les caractéristiques fonctionnelles et de sécurité d'origine. Le considérant 26 du Règlement (UE) 2023/1230 exclut les réparations et l'entretien qui n'affectent pas la conformité aux exigences essentielles. L'Art. 2§2, point a), sort du champ du Règlement les composants de sécurité identiques fournis par le fabricant d'origine. Pour une pièce d'un autre fournisseur, une fiche d'équivalence compare le PL atteint (EN ISO 13849-1), le temps de réponse et la distance de sécurité. Si l'une de ces valeurs se dégrade, l'intervention doit être analysée au regard de l'Art. 3(16).

Qui devient fabricant quand un prestataire modifie une machine dans mon usine ?

L'Art. 18 du Règlement (UE) 2023/1230 désigne la personne qui apporte la modification substantielle. Un intégrateur qui conçoit et réalise la modification est le candidat naturel. Si l'exploitant conçoit et fait seulement exécuter, le texte ne tranche pas explicitement. Fixez donc par écrit, avant les travaux, qui établit l'évaluation des risques, le dossier technique, la déclaration UE de conformité et le marquage CE. Quel que soit le contrat, l'employeur garde ses obligations propres : Art. L4321-1 et R4322-1 du Code du travail, et mise à jour du DUERP en cas d'aménagement important (Art. R4121-2, 2°).

Faut-il refaire le marquage CE après un retrofit de la commande ?

Pas systématiquement. Un retrofit se qualifie fonction par fonction. Si chaque fonction de sécurité est reprise avec un PL au moins égal et sans nouveau danger, l'opération relève du maintien en conformité. Si le retrofit augmente une vitesse, ajoute un mode de marche ou impose de nouveaux dispositifs reliés au système de commande de sécurité, la conséquence a) de l'Art. 3(16) peut être atteinte. L'auteur devient alors fabricant et doit réaliser évaluation des risques, documentation technique (Annexe IV), procédure de l'Art. 25, déclaration UE et marquage CE avant remise en service.

Une mise à jour logicielle peut-elle constituer une modification substantielle ?

Oui. L'Art. 3(16) vise les modifications « physiques ou numériques ». Une mise à jour fournie par le fabricant dans le cadre prévu reste couverte par son évaluation des risques (considérant 32). En revanche, modifier une temporisation de sécurité, une vitesse réduite ou un seuil de détection peut augmenter le risque. Si ce risque impose des dispositifs agissant sur la commande de sécurité, la modification est substantielle. L'Annexe III, §1.2.1, point f), impose en outre de journaliser pendant cinq ans les versions de logiciels de sécurité téléchargées après la mise en service.

Que doit contenir le dossier d'une modification non substantielle ?

Aucun format n'est imposé, mais la décision doit pouvoir être prouvée. ASI Industrie recommande un dossier court : description de l'intervention, extrait de l'évaluation des risques d'origine, réponses argumentées aux conditions de l'Art. 3(16), mesures retenues, mise à jour de la notice et du DUERP si l'aménagement est important (Art. R4121-2, 2°, du Code du travail). Signé par le décideur et conservé avec l'historique de l'équipement, il constitue un élément de preuve face à l'inspection du travail et après un accident.

Les modifications réalisées avant le 20 janvier 2027 relèvent-elles du Règlement 2023/1230 ?

Non. Le Règlement (UE) 2023/1230 s'applique à compter du 20 janvier 2027, date d'abrogation de la Directive 2006/42/CE. Une modification achevée et remise en service avant cette date relève de l'ancien cadre : Directive pour la conception, Code du travail pour l'utilisation. Pour un projet à cheval, la lecture ASI consiste à raisonner sur la date de remise en service : après le 20 janvier 2027, une modification substantielle s'évalue selon le Règlement, y compris les exigences de l'Annexe III, §1.1.9 et §1.2.1, sous réserve des dispositions transitoires.

Une machine construite pour son propre usage doit-elle être marquée CE ?

Oui. L'Art. 3, point 18 b), du Règlement (UE) 2023/1230 définit comme fabricant la personne qui fabrique une machine et la met en service pour son propre usage. Le considérant 35 précise que cette machine n'est pas mise sur le marché, mais doit être conforme avant sa mise en service. L'industriel qui assemble lui-même une machine spéciale porte donc toutes les obligations de l'Art. 10 : évaluation des risques, documentation technique, déclaration UE de conformité et marquage CE. Même raisonnement pour un ensemble créé en reliant plusieurs machines afin qu'elles fonctionnent de manière solidaire (Art. 3, point 1 d).

L'effet sur le risque, seul critère de bascule

La frontière entre maintenance et modification machine ne dépend ni du coût ni du service qui intervient. Elle dépend de l'effet sur le risque. Restituer l'état d'origine relève de l'Art. R4322-1 du Code du travail. Créer un nouveau danger ou augmenter un risque, au point d'imposer des mesures a) ou b), relève de l'Art. 3(16) du Règlement (UE) 2023/1230. Dans ce cas, l'Art. 18 fait de l'auteur un fabricant à compter du 20 janvier 2027. La meilleure protection reste une qualification écrite, avant les travaux.

  • Maintenance : OBLIGATOIRE au titre du Code du travail. Restituer l'état d'origine, sans changement de statut.
  • Modification substantielle : 4 conditions + a) ou b). Matériel ou logiciel, même règle.
  • Art. 18 : fabricant. Évaluation des risques, dossier technique, déclaration UE, marquage CE.
  • BONNE PRATIQUE ASI : qualifier par écrit. Même quand la réponse est non.
SK

À propos de l'auteur

Stanislas KOZAK, dirigeant fondateur d'ASI Industrie SASU, cumule 33 ans d'expérience industrielle : responsable méthodes et industrialisation, puis responsable HSE, avant de créer ASI Industrie en 2015 à Tramoyes (Ain). Formé au CNAM en génie industriel, hygiène-sécurité-environnement et gestion d'entreprise, il accompagne les industriels d'Auvergne-Rhône-Alpes en conformité machine, responsabilité juridique et performance industrielle. Découvrir son parcours.

Sources et références officielles

Article rédigé sur la base des références publiques suivantes.

  • Règlement (UE) 2023/1230 sur les machines · Art. 2, 3, 10, 18, 25, considérants 26, 32 et 35, Annexe III · EUR-Lex · texte complet et rectificatifs
  • Directive 2006/42/CE relative aux machines (abrogée au 20/01/2027) · EUR-Lex
  • Code du travail · Art. L4321-1, R4322-1, R4121-2, L4741-1 · Légifrance
  • Code du travail · Art. R4322-1, maintien en état de conformité · Code du travail numérique
  • Guide technique du ministère du Travail sur les modifications de machines en service (version 2019) · travail-emploi.gouv.fr
  • ISO 12100:2010 · Sécurité des machines · Principes généraux de conception · ISO.org
MESP©
ASI Industrie : Bureau d'études technico-juridique

Maintenance ou modification substantielle ?

ASI Industrie qualifie chaque intervention au regard de l'Art. 3(16), documente la décision et prend en charge le dossier si vous devenez fabricant.

Prendre contact avec ASI Industrie
Couverture du guide Règlement Machines (UE) 2023/1230 d'ASI Industrie
Guide gratuit · PDF 22 pages

Règlement Machines 2023/1230 : le guide pour préparer le 20 janvier 2027

Ce qui change, la modification substantielle, la chaîne des responsabilités et votre feuille de route selon votre rôle.

Recevoir le guide
Modification substantielleMaintenance machineStatut de fabricantArt. 3(16)Art. 18Marquage CERèglement 2023/1230MESP